Le mois des morts

Publié le par Artemis

C'est bien connu, novembre est gris, morne, venteux, pluvieux et triste. Surnommé le mois des morts, il annonce l'hiver...
Je me souviendrai toujours des vacances de la Toussaint quand nous passions une journée en Belgique pour fleurir les sépultures de la famille. Nous partions le matin en voiture, direction la frontière, sous un ciel gris blanc. De temps en temps, il pleuvait, et, au fur et à mesure que nous nous rapprochions de notre destination, le ciel s'assombrissait bien souvent...
Ce voyage m'a permis d'être témoin des changements de contrôles frontaliers entre les pays de l'espace Shengen: Quand j'étais jeune, nous devions absolument arrêter le véhicule et attendre quelques minutes qu'un contrôleur examine nos passeports. Puis nous repartions tranquillement. Les années passant, les gouvernements ont décidé d'ouvrir les frontières des pays d'Europe. Notre passage à la frontière belge (souvent à l'heure de l'apéritif) s'est effectué de plus en plus rapidement jusqu'au jour où nous n'avions qu'à marquer un stop, faire un sourire au douanier qui d'un petit geste de la main nous autorisait à continuer. Il me semble même que la dernière fois que j'ai accompagné mes parents, les contrôleurs, trop occupés à siroter leur bière d'avant midi, ne se montraient même plus ;-) Il faut dire qu'elle est bonne la bière du nord!

De la Belgique, je garde donc des souvenirs de couleur grise... Non pas que le voyage ne fût pas plaisant, bien au contraire! Nous emmenions Victor, accompagnés d'Hélène parfois, au restaurant vietnamien ou déguster une excellente moules-frites (et pas une minuscule portion comme on trouve ici à Montréal!). Après la visite au cimetière, nous nous rendions au couvent pour passer l'après-midi en compagnie de Tante Elvire et des autres soeurs de l'ordre. Le couloir m'a toujours impressionnée par ses plafonds hauts et son silence. Je me souviens encore de l'odeur de parquet ciré quand nous entrions dans la grande salle où un goûter nous attendait. Ensuite, Éliz et moi descendions aux cuisines au sous-sol pour nous amuser en compagnie des soeurs occupées à préparer le repas de soir. Le petit monte-charge qui permettait d'envoyer les plats des cuisines au réfectoire du premier étage nous intriguait!
Puis la nuit commençait à tomber... toujours trop tôt. Nous repartions pour Paris sous les lumières des lampadaires d'autoroute dont les reflets sur les vitres faisaient comme des lianes qui se passaient la voiture de l'une à l'autre. C'est comique ce qu'on remarque quand on est gamin...
Dans mon souvenir, la couleur grise vient surtout de ce ciel invariablement sombre en ce mois de novembre dans le nord de l'Europe...

Hier, c'était une journée un peu comme ça à Montréal, pluvieuse, mais avec vraiment beaucoup de vent, et par bourasques! Un vent puissant au point de déporter la voiture sur la voie de droite de l'autoroute de temps en temps! C'est impressionnant de sentir une force extérieure lutter contre le véhicule comme ça.
Une fois arrivée sur l'île, je me suis aperçue que nous étions vraiment à la porte de l'hiver... Je parcourais une petite rue plutôt étroite bordée d'arbres sans feuilles. Les branches gris-clair faisaient penser à des squelettes semblant vouloir avaler la vie qui parcourait la chaussée et entraîner la voiture dans une profondeur grise sans fin...
Assise dans un café du centre-ville un peu plus tard devant une tasse de thé bien chaud, je frissonais à l'idée de cet hiver, regardant les passants qui luttaient contre le vent et parfois cherchaient à s'abriter des quelques gouttes de pluies tombées des nuages opaques... Comme par hasard, un tableau représentant ce même café était accroché: on y voyait les passants emmitoufflés sous leur parapluies lors d'une soirée d'automne!

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Dad 18/11/2008 08:38

Merci pour ce très bel article, Alice.
Je cherchais justement des idées pour notre lettre de Noël.
Est-ce que je peux reproduire ton texte ?
Dad

Artemis 18/11/2008 15:10


Je vais demander des droits d'auteurs! ;-)

En fait, je serai très honorée que tu t'inspires de mes écrits :-)
Bisous